RDC : L’analyse du sénateur Moïse EKUMBO sur le changement de la Constitution.

Je voudrais partager ma réflexion après avoir analysé le débat sur le changement ou la révision de la Constitution.
Je pense que la Constitution n’est pas un texte figé.
Dans toutes les grandes démocraties, une constitution n’est jamais considérée comme un texte immuable. Elle évolue avec le temps afin de s’adapter aux réalités sociales, aux transformations politiques, aux défis économiques ainsi qu’aux enjeux sécuritaires.
Même des pays considérés comme des références démocratiques ont révisé leur constitution à plusieurs reprises.
Cela signifie que réviser une constitution ne revient pas nécessairement à remettre en cause la démocratie, mais plutôt à chercher à améliorer le fonctionnement de l’État.
La Constitution actuelle de la République démocratique du Congo date de 2006, dans un contexte très particulier marqué par la sortie de guerre, la reconstruction de l’État et des compromis politiques visant à stabiliser le pays.
Presque vingt ans plus tard, certaines réalités ont évolué : de nouveaux défis sécuritaires, notamment dans l’Est du pays ; de nouvelles exigences en matière de gouvernance ; un besoin accru d’efficacité institutionnelle ; ainsi qu’un processus de décentralisation encore inachevé.
Dans ce contexte, ouvrir un débat sur l’amélioration de certains mécanismes constitutionnels peut être légitime, à condition que cela se fasse dans la transparence, dans le respect du peuple et dans le strict cadre démocratique.
Un point important mérite également d’être souligné : la réflexion de mon très cher papa, l’Honorable Vice-Président du Sénat, le Professeur Modeste Bahati Lukwebo, selon laquelle le problème peut parfois venir des hommes plutôt que du texte lui-même.
Cette observation mérite d’être prise très au sérieux.
En réalité, deux vérités complémentaires peuvent être reconnues :
- Une bonne constitution peut être mal appliquée lorsque les dirigeants manquent de maturité politique.
- Une constitution peut également comporter certaines faiblesses institutionnelles qui méritent d’être améliorées.
La question n’est donc pas de choisir entre les hommes et la constitution.
La véritable question est plutôt la suivante :
Comment améliorer à la fois la qualité de nos institutions et la responsabilité des dirigeants qui les incarnent ?
Lorsque mon très cher papa, Honorable Vice-Président, évoque l’âge — notamment la tranche de 50 à 60 ans — et la question de la maturité politique, il soulève en réalité une problématique plus large liée à la culture politique, à l’éthique publique et à la responsabilité des élites dirigeantes.
Une constitution peut fixer des règles, mais elle ne peut jamais remplacer la conscience, la sagesse et la maturité des femmes et des hommes appelés à l’appliquer.
C’est pourquoi une éventuelle réforme constitutionnelle devrait également s’accompagner de plusieurs exigences essentielles : le renforcement de l’État de droit, la promotion d’une véritable culture de responsabilité politique, ainsi que le renforcement des institutions de contrôle.
Je pense donc que nous devons reconnaître avec honnêteté que la Constitution de 2006 a joué un rôle important dans la stabilisation de notre pays.
Dans le même temps, nous pouvons admettre que certaines dispositions pourraient aujourd’hui être améliorées afin de mieux répondre aux réalités actuelles.
Il convient également de reconnaître que la qualité des dirigeants demeure un facteur déterminant dans la réussite des institutions.
Ainsi, soutenir une réflexion sur la révision constitutionnelle ne signifie nullement ignorer les responsabilités des hommes.
Au contraire, cela peut constituer une opportunité de renforcer à la fois nos institutions et la qualité de notre gouvernance.
En conclusion, notre Constitution est avant tout un instrument au service de la nation. Elle peut évoluer afin de répondre aux réalités du moment.
Cependant, au-delà des textes, la réussite d’un État dépend aussi de la qualité des femmes et des hommes qui ont la responsabilité de les appliquer.
C’est pourquoi ce débat doit être mené avec sérénité, dans le respect des institutions et dans la recherche constante de l’intérêt supérieur de la République démocratique du Congo.
(Hon Sénateur Moise EKUMBO.)