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La Pathologie du Débat Politique en RDC : Entre Théâtralisation et Imposture (Tribune de Monsieur Theonis BEYOKOInternationaliste et Penseur)

La Pathologie du Débat Politique en RDC : Entre Théâtralisation et Imposture

Tribune de Monsieur Theonis BEYOKO
Internationaliste et Penseur.

Introduction

Dans une démocratie, l’opposant politique n’est pas l’ennemi de l’État, mais un contrepouvoir indispensable. Son rôle est de surveiller l’action du gouvernement, de proposer des alternatives crédibles et de représenter les citoyens qui ne se reconnaissent pas dans la majorité au pouvoir.
Pourtant, il s’observe aujourd’hui une véritable vacuité existentielle au sein de l’espace public congolais, et plus particulièrement dans le bouillonnement kinois. Pour tout analyste lucide, le constat est sans appel : une frange de la classe politique, se réclamant de l’opposition, semble avoir totalement perdu de vue l’essence même de sa mission, de ses devoirs et de ses obligations éthiques.

De la Critique Constructive au Spectacle Médiatique

Le microcosme politique actuel est devenu le théâtre d’une ascension fulgurante de « pseudo-politiciens ». Sans socle idéologique, ces acteurs s’appuient sur des connivences médiatiques pour occuper les plateaux de télévision. Cependant, leur présence ne vise nullement l’exercice d’une contradiction républicaine — celle qui s’appuie sur des propositions concrètes et des dénonciations sourcées.
Au contraire, nous assistons à une dérive inquiétante caractérisée par :

  • L’invective comme programme : L’insulte envers les dirigeants remplace l’analyse de fond.
  • Le populisme stérile : Une mise en scène théâtrale destinée à séduire la foule par des slogans creux.
  • La tentation séditieuse : Des déclarations de proximité avec des mouvements insurrectionnels, au mépris de la stabilité nationale.

L’État de Droit face à l’Irresponsabilité
Ce constat est d’autant plus amer que ces acteurs semblent ignorer le cadre législatif qui régit la République. Or, la liberté d’expression ne saurait être un permis de diffamer ou de déstabiliser. Lorsque la rigueur de la loi s’applique, le recours au narratif du « musellement » ou de la « dictature » devient systématique.
S’il est indéniable que des dérives autoritaires persistent sur le continent, il convient de souligner qu’une opposition crédible et instruite existe : celle qui exerce son droit de critique dans le respect des limites légales. Un examen juridique rigoureux de certaines interventions médiatiques révélerait, en réalité, de nombreuses infractions qui, dans n’importe quel État de droit, donneraient lieu à des poursuites.

Le Devoir de Sacralité Nationale

S’opposer est un droit fondamental, d’autant plus symbolique que le régime actuel est le fruit d’une longue lutte pour la démocratie. Mais cette opposition doit s’accompagner d’une exigence de dignité. Le point de rupture le plus critique concerne la sécurité de la Nation. Alors que dans les grandes démocraties, les clivages s’effacent devant l’agression étrangère pour former un front commun, nous observons avec regret une tendance à la collusion avec les agresseurs. Cette absence de « sacré » autour de la patrie est l’une des failles les plus béantes de notre système politique.

La Symbiose Délétère : Politiciens et Analystes de Circonstance
Au-delà de cette opposition ignorante des lois et de l’éthique, nous observons une prolifération inquiétante de pseudo-journalistes, s’autoproclamant « analystes politiques ». Ces derniers s’engouffrent dans les mêmes dérives : insultes, diffamations et participation active à la théâtralisation du débat. Trop souvent, leur plume et leur micro ne sont mus que par une haine viscérale envers la classe dirigeante, au détriment de la rigueur déontologique.
Ce « combo » entre l’analyste partisan et l’opposant non professionnel offre un spectacle désolant sur la scène politique congolaise. Ensemble, ils créent un cercle vicieux de désinformation là où ils pourraient, au contraire, œuvrer à l’éveil des consciences.
Le Miroir de la Normativité Internationale
Ces acteurs oublient qu’à l’ère de la mondialisation, nous avons un accès direct à la vie politique internationale. Ce regard porté sur ce qui se fait sous d’autres cieux, dans le respect des normes et de la courtoisie républicaine, nous permet d’établir ce distingo salvateur. C’est précisément cette comparaison qui rend notre constat si amer : le fossé entre la pratique congolaise actuelle et les standards d’excellence démocratique est immense.
Un Espoir Porté par l’Exception
Fort heureusement, des exceptions subsistent. À ces journalistes et opposants professionnels, qui honorent leur métier par la force de leurs convictions et la dignité de leur langage, nous adressons nos vifs encouragements. Qu’ils continuent sur cette lignée et qu’ils exercent leur influence pour tirer l’ensemble de notre classe politique vers le haut. Le Congo mérite une élite à la hauteur de ses ambitions.

Memento : Les Piliers de l’Opposition Républicaine

  1. Le Rôle Fondamental
    L’opposition doit s’appuyer sur trois piliers :
  • La Vigilance : Agir en sentinelle sur la gestion des finances et le respect des droits humains.
  • La Proposition : Offrir un « logiciel » alternatif (ex: « Voici comment je gérerais la crise économique »).
  • La Représentation : Canaliser le mécontentement pour éviter qu’il ne dégénère en violence.
  1. L’Éthique sur la Place Publique
    Pour être crédible, l’opposant doit élever le débat par des faits et des chiffres, éduquer les citoyens sur les enjeux complexes, et respecter les institutions (la Présidence, le Parlement, la Justice) au-delà des individus qui les incarnent. Surtout, il doit prôner l’unité face à l’ennemi extérieur : la politique s’arrête là où commence la survie de la Nation.
  2. Les Lignes Rouges à ne pas franchir
    La confusion actuelle naît du franchissement de limites claires :
  • L’injure et la calomnie : Armes de ceux qui manquent d’arguments.
  • L’appel à l’insurrection : Le changement se fait par les urnes, non par la sédition.
  • La collusion étrangère : S’allier à ceux qui attaquent le pays s’apparente à de la trahison.
  • La diffamation sans preuves : Accuser sans dossiers solides expose logiquement à la justice.

Conclusion

Un bon opposant est, par définition, un « Président en attente ». Il doit agir avec la gravité et la responsabilité d’un homme d’État prêt à diriger le pays demain. S’il se complait dans le rôle d’ambianceur ou d’insulteur public, il cesse d’être un acteur politique pour devenir un simple agitateur.

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