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RDC : un doctorant congolais propose de repenser les Relations internationales à l’ère du numérique grâce à une diplomatie digitale souveraine

Les Relations internationales doivent désormais intégrer pleinement le numérique comme une dimension stratégique de la puissance, de la souveraineté et des recompositions géopolitiques contemporaines. C’est la principale conclusion de la dissertation de DES/DEA en Relations Internationales défendue publiquement le 29 juillet 2026 à l’Université de Kinshasa (UNIKIN) par Aaron MUKALENGI MALENGA, qui a obtenu la Grande Distinction au terme d’une soutenance devant un jury de professeurs.

Intitulée « Diplomatie digitale et réalignements stratégiques : Analyse de la dématérialisation et des recompositions géopolitiques à la lumière des théories de la puissance douce et de la gouvernance mondiale », cette recherche analyse les transformations profondes de la diplomatie sous l’effet des technologies numériques et leurs conséquences sur la gouvernance mondiale, les rapports de puissance et le repositionnement des États du Sud dans le système international.

Selon le doctorant MUKALENGI, le numérique ne constitue plus un simple outil de communication, mais un nouvel espace géopolitique où se redéfinissent les rapports de force, la souveraineté, l’influence et les mécanismes de gouvernance mondiale.

« Le cyberespace est devenu un espace géopolitique à part entière. Aujourd’hui, la puissance d’un État dépend également de sa capacité à maîtriser les données, les infrastructures numériques, les plateformes technologiques, les réseaux d’information et les normes qui organisent l’espace numérique mondial », a expliqué Aaron MUKALENGI MALENGA au cours de sa défense.

Le travail démontre également que la diplomatie connaît une reconfiguration profonde. Les fonctions diplomatiques classiques de représentation, de négociation, d’information et de protection sont désormais prolongées par la diplomatie numérique, tandis que de nouveaux acteurs – entreprises technologiques, plateformes numériques, organisations internationales, communautés techniques et société civile – participent à la production des normes et des équilibres internationaux.

L’une des principales contributions de cette recherche concerne toutefois les États du Sud. Contrairement aux analyses qui les présentent essentiellement comme dépendants des grandes puissances technologiques, la dissertation soutient que ces États disposent désormais de véritables marges de repositionnement stratégique, à condition d’investir dans leurs capacités numériques, leurs infrastructures critiques, leurs compétences technologiques et une diplomatie digitale souveraine.

« Le numérique ne doit plus être considéré uniquement comme un facteur de dépendance. Il constitue également une opportunité stratégique permettant aux États du Sud de renforcer leur souveraineté, leur influence internationale et leur participation à la gouvernance mondiale », a affirmé le doctorant.

Au-delà de ces analyses, la recherche apporte une contribution théorique originale en proposant quatre concepts destinés à enrichir les études en Relations internationales.

Le premier, « la multilatéralité hybride », décrit une gouvernance mondiale où les décisions ne relèvent plus exclusivement des États, mais résultent des interactions permanentes entre États, organisations internationales, entreprises technologiques, plateformes numériques et communautés techniques.

Le deuxième, « la diplomatie des infrastructures de données », met en évidence le caractère stratégique des centres de données, des câbles sous-marins, des réseaux de fibre optique, des infrastructures cloud et des points d’échange Internet, désormais considérés comme de véritables instruments de puissance et de souveraineté.

Le troisième concept, « la souveraineté par l’interdépendance sélective », défend l’idée qu’à l’ère numérique, la souveraineté ne signifie pas l’autarcie technologique, mais la capacité des États à diversifier leurs partenariats, maîtriser les secteurs stratégiques et conserver une autonomie décisionnelle dans leurs choix technologiques.

Enfin, le concept de « centralité périphérique » montre qu’un État du Sud peut désormais exercer une influence internationale significative sans appartenir aux centres traditionnels de puissance, notamment en devenant un hub régional de données, un acteur de l’innovation numérique ou un contributeur actif à l’élaboration des normes internationales.

Pour Aaron MUKALENGI MALENGA, ces concepts visent à renouveler les outils d’analyse des Relations internationales face aux transformations induites par la révolution numérique.

« Nous ne pouvons plus analyser la puissance internationale uniquement à travers les territoires, les armées ou les économies. Les données, les infrastructures numériques, les plateformes, les algorithmes et les capacités technologiques constituent désormais des ressources stratégiques qui redessinent les équilibres géopolitiques mondiaux », a-t-il déclaré.

Le chercheur estime que ces conclusions présentent un intérêt particulier pour la République démocratique du Congo (RDC) et, plus largement, pour les pays du Sud. Selon lui, la combinaison d’investissements dans les infrastructures numériques, la formation, l’innovation technologique et une diplomatie digitale ambitieuse pourrait renforcer leur souveraineté stratégique et leur capacité d’influence dans les négociations internationales.

À travers cette recherche, Aaron MUKALENGI MALENGA plaide ainsi pour une relecture des Relations internationales adaptée aux réalités du XXIᵉ siècle, où le numérique devient un facteur structurant de la puissance, de la souveraineté et de la gouvernance mondiale. Cette approche ouvre également de nouvelles perspectives de recherche sur la diplomatie algorithmique, l’intelligence artificielle, la gouvernance du cyberespace et les transformations géopolitiques liées aux technologies émergentes.

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