POLITIQUE

Félix Tshisekedi : « J’ai prêté serment de ne jamais trahir le Congo, ni mon combat ni celui de mon illustre père »

Lors du vernissage de son livre titré « Pour un Congo retrouvé », le Président de la République, Félix Tshisekedi a étalé sa pensée, dans l’adresse faite au Collège les Bernadins dans le célèbre Quartie Latin de la capitale française. Congolais et Français était nombreux pour assister à cet événement.

Il a notamment passé en revue toutes les questions d’actualité. Nous vous proposons l’intégralité de son message ici.

Élu Président de la République démocratique du Congo à l’issue des élections présidentielles de 2018, je me suis retrouvé le 24 janvier 2019 aux premières loges. Témoin et acteur aux côtés du peuple, j’ai assisté à la première passation pacifique du pouvoir dans un pays aussi vaste que tous les pays de l’Europe occidentale réunis, un pays indépendant depuis 1960. J’ai prêté serment de ne jamais trahir le Congo, ni mon combat ni celui de mon illustre père, en maintenant le feu sacré de la démocratie et en plaçant le peuple au cœur de mon action pour un Congo retrouvé.

Investi dans mes nouvelles fonctions, j’ai rapidement pris conscience de l’ampleur des défis qui m’attendaient, avec mon gouvernement, dans un pays où tout ou presque restait à faire ou à refaire. À la veille de la convocation des scrutins de 2023, cinq ans après ma première élection en tant que président de la République, alors que je m’apprêtais à aller de nouveau à la rencontre de la population congolaise pour solliciter ses suffrages, une nécessité presque vitale s’est imposée : celle de partager avec le Congo et le monde la pensée et le ressenti d’un homme marqué par la noble expérience de présider à la destinée d’une nation, au travers d’un exercice libre et dépourvu de tout protocole, que seule l’écriture pouvait m’offrir.

Réélu pour un second mandat en tant que Président de la République, ma présence en ce lieu se veut une nouvelle profession de foi en mon profond attachement aux valeurs universelles de paix et de justice qui m’ont accompagné depuis mes débuts jusqu’à aujourd’hui. De plus, cette cérémonie me permet de mettre en lumière ma vision ainsi que ma détermination à maintenir mon engagement à répondre aux aspirations profondes du peuple congolais, notamment celles visant à faire de notre Congo un acteur de premier plan dans un monde en pleine mutation, marqué par de nombreux défis, notamment ceux liés à la paix et à la sécurité, au développement économique ainsi qu’à la sauvegarde de notre patrimoine commun face à la menace toujours plus saillante du réchauffement climatique.

Enfin, cette tribune m’offre également l’opportunité de faire part à l’éminente audience que vous constituez, de la déception du peuple congolais face à l’ignorance de l’injustice qu’il subit depuis près de trente ans suite à une guerre qui lui est imposée, et des conséquences qui en découlent. Je ne pouvais en aucun cas manquer à ce noble devoir de m’exprimer sur la tragédie que connaît mon pays, ainsi que sur l’infaillible volonté de se faire entendre, voire d’éteindre par le sacrifice de ses vaillants hommes et de ses vaillantes femmes le péril présenté par les velléités prédatrices et expansionnistes exprimées par certaines puissances étrangères.

En effet, alors que nous nous efforçons de rencontrer notre destin, ceux qui passent notamment par la poursuite des politiques courageuses et avant tout par la stabilisation de la situation sécuritaire dans certaines régions, et une meilleure sécurisation de la population, mon pays fait face à une agression lâche et barbare fomentée par des puissances extérieures en violation du droit international, à laquelle s’ajoute l’activisme des forces négatives étrangères et nationales, particulièrement à l’est de notre République. Le bilan de cette agression répétée et cet activisme armé est très lourd : des millions de femmes et de jeunes filles ont été victimes de violences inimaginables. Plus de 7 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays et plus de 10 millions de vies humaines ont été perdues dans cette latente folie meurtrière.

Ces événements ne sont pas que de simples allégations. Ils sont étayés par une série de rapports internationaux connus de la communauté internationale et des condamnations des Nations Unies mettant en lumière l’implication des puissances extérieures, en particulier celle du Rwanda, dans le soutien du M23 et dans l’escalade de tensions ainsi que des violences, en dépit de l’existence de nombreux mécanismes et accords auxquels la République démocratique du Congo n’a jamais dérogé, censés faire régner la paix et la sécurité dans la région des Grands Lacs.

Malgré les preuves accablantes et les appels répétés à la responsabilité et au respect des engagements souscrits vis-à-vis du principe de bon voisinage, du respect de la souveraineté et du principe de la non-ingérence, principe que la République démocratique du Congo s’est toujours employée à observer, la main macabre de la déstabilisation continue d’agir avec une impunité déconcertante au vu et au su de tous. Cette triste et sombre réalité exige une réponse ferme et déterminée.

C’est dans cette logique, tenant compte des menaces perpétrées vis-à-vis de notre souveraineté, et dans le but d’annihiler les velléités traîtresses d’une proportion, quoique résiduelle, des Congolaises et Congolais au profit de puissances négatives, que le Parlement congolais a pris la décision, bien que controversée, de procéder à la levée du moratoire sur la peine de mort. Bien que la République démocratique du Congo se veuille résolument attachée au respect des droits humains et à l’État de droit, elle ne peut se permettre de rester passive lorsque sa sécurité et celle de sa population sont menacées.

En effet, l’objectif ultime poursuivi demeure la garantie de la sécurité et du bien-être de tous les citoyens congolais dans le respect des normes internationales en matière de droits humains et de justice. Dans cet effort pour stabiliser et protéger notre région, le rôle de nos partenaires internationaux, et particulièrement celui de la France, est crucial. J’en veux pour preuve ses différentes prises de position au Conseil de sécurité des Nations Unies, que je salue au passage, et qui témoignent de son engagement en faveur d’un retour à la paix et à la stabilité au sein de la région des Grands Lacs, ainsi que du respect de la souveraineté de ses États.

Néanmoins, je ne pourrais manquer d’exprimer la préoccupation du peuple congolais lorsque, parallèlement à cet engagement, des partenariats sont noués directement ou par association avec nos agresseurs, notamment dans le domaine minier, alors que là repose la motivation même des agressions à répétition que nous subissons depuis trente ans.

Avec l’Agence Congolaise de Presse.

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